Matières premières : 77 % prévoient la hausse, 66 % achètent au prix
L'étude Inverto 2026 montre des acheteurs français qui anticipent massivement la hausse des matières premières tout en arbitrant encore sur le prix. Huit pour cent seulement donnent la priorité à la sécurisation. L'écart est exploitable.

Soixante-dix-sept pour cent des entreprises françaises interrogées attendent une hausse des prix des matières premières dans les douze mois. Quatre-vingt-onze pour cent déclarent que les tensions géopolitiques ont déjà affecté leurs approvisionnements. Et soixante-six pour cent continuent d’arbitrer leurs achats sur le prix, contre huit pour cent qui donnent la priorité à la sécurisation.
Ces trois chiffres viennent de la même étude, celle du cabinet Inverto pour 2026, relayée le 27 octobre. Pris séparément, chacun confirme ce que l’on sait déjà. Mis côte à côte, ils décrivent un acheteur dont la prévision et le critère de décision ne disent pas la même chose — et c’est cet écart, plus que les chiffres eux-mêmes, qui intéresse un fournisseur en préparation de négociation.
Ce que mesure l’étude
| Indicateur (France) | Part des répondants |
|---|---|
| Anticipent une hausse des prix sur 12 mois | 77 % |
| dont une hausse forte | 22 % |
| Approvisionnements affectés par les tensions géopolitiques | 91 % |
| Effets modérés à forts sur la logistique et la disponibilité | 55 % |
| Attendent un fort impact de la volatilité énergétique sur leurs décisions de sourcing | 52 % |
| Priorisent le prix dans leurs décisions d’achat | 66 % |
| Priorisent la sécurisation de l’approvisionnement | 8 % |
| N’ont modifié aucune pratique de sourcing en 12 mois | 2 % |
« La volatilité n’est plus un accident de marché, mais une donnée structurelle », résume Jean-Pierre Masson, directeur général d’Inverto France, qui ajoute que « le défi n’est plus de choisir entre compétitivité et résilience ».
L’écart entre la prévision et le critère
Un acheteur qui prévoit une hausse et qui achète au prix le plus bas n’est pas incohérent : il optimise le coût immédiat d’un approvisionnement dont il sait qu’il coûtera plus cher ensuite. C’est une position défendable sur un trimestre. Elle l’est beaucoup moins sur un contrat pluriannuel, et c’est exactement ce que dit le reste de l’étude — 55 % constatent déjà des effets sur la disponibilité, 52 % attendent un choc énergétique sur leurs décisions.
Pour un fournisseur, la lecture utile n’est donc pas « l’acheteur ne regarde que le prix ». Elle est : le critère affiché est le prix, le risque anticipé est ailleurs, et personne dans la salle n’a intérêt à ce que les deux se rencontrent explicitement. Celui qui les rapproche le premier choisit le terrain de la discussion. C’est la même mécanique que celle observée sur les plans de continuité que l’acheteur réclame sans les appliquer lui-même.
Ce que 98 % ont déjà changé
Le chiffre le moins commenté de l’étude est le 2 %. Deux pour cent des répondants n’ont modifié aucune pratique de sourcing en douze mois ; autrement dit, 98 % en ont changé au moins une. Les trois mouvements les plus cités sont des mouvements de relation, pas de prix.
| Pratique adoptée | Part des répondants |
|---|---|
| Coopération renforcée avec les fournisseurs | 48 % |
| Multiplication des fournisseurs | 46 % |
| Rapprochement géographique (nearshoring) | 41 % |
Ces trois lignes ne vont pas dans le même sens. La coopération renforcée désigne un fournisseur à qui l’on confie davantage ; la multiplication des sources désigne l’inverse. Un acheteur donné peut faire les deux, sur des catégories différentes. La question à se poser avant un rendez-vous est donc de savoir de quel côté se trouve votre catégorie — et la réponse ne figure dans aucune étude, elle se demande.
Ce que la source ne dit pas
Le compte rendu ne précise ni la taille de l’échantillon, ni les dates de terrain, ni la liste complète des pays interrogés au-delà de la comparaison France, Italie et Espagne. Ces trois informations manquantes limitent ce qu’on peut faire des écarts entre pays : le volet numérique de l’étude place la France à 36 % d’usage de l’analytique avancée ou de l’IA sur tout ou partie des achats, contre 24 % en Italie et 23 % en Espagne, avec pour freins la protection des données (36 %) et la qualité des outils (35 %). Un écart de douze points entre pays voisins mérite d’être cité avec cette réserve, pas comme un fait établi.
Ce qu’un fournisseur en fait cette semaine
- Cesser de justifier une hausse par le contexte. Votre acheteur anticipe la hausse mieux que vous ne la racontez : 77 % l’attendent déjà. L’argument qui porte n’est pas qu’elle arrive, c’est comment vous la répartissez dans le temps. Les clauses d’indexation servent précisément à cela.
- Chiffrer la sécurisation au lieu de la promettre. Huit pour cent en font leur priorité, mais 91 % ont subi une rupture. Le décalage dit que la sécurisation n’est pas refusée, elle n’est pas budgétée. Une offre qui la sort du prix unitaire et la présente comme une ligne distincte se discute ; une offre qui l’inclut sans le dire se compare au moins-disant.
- Vérifier ce que vous avez reconduit. Si 98 % des acheteurs ont changé une pratique en douze mois et que votre proposition de renouvellement est identique à celle de l’an dernier, l’écart se voit. Il se voit d’autant plus que la majorité des PME fournisseuses n’ont toujours rien répercuté de leurs propres hausses de coûts.
Référence : le compte rendu de l’étude Inverto 2026 publié par Républik Achats le 27 octobre 2026.